Fractale

Le Trading Haute Fréquence (ou High Frequency Trading dans la langue de Shakespeare) est une technique de spéculation financière tout aussi passionnante qu’inquiétante. De nombreux fantasmes ont vu le jour avec son développement, mais qu’en est-il réellement ?

Née dans les années 70 aux Etats-Unis dans un contexte d’informatisation des marchés financiers, c’est au cours des années 2000 que cette technique connut son véritable essor.

Dans le secteur ultra-compétitif qu’est le monde de la finance, la réalisation d’opérations sophistiquées en un temps restreint permet souvent de faire la différence entre gagnants et perdants. Aller plus vite que la concurrence grâce aux algorithmes permet notamment aux établissements financiers de jouer sur les écarts de cotation infimes pouvant voir le jour entre les différentes places boursières, et de multiplier ainsi des bénéfices (parfois infimes) par une grande quantité d’ordres.

Le Trading Haute Fréquence recouvre deux domaines distincts :

  • les opérations de bourse assistées par les algorithmes (alertes et traitements automatiques d’ordres) ;
  • la mise en place de stratégies automatisées et pré-paramétrées.

 

I – Historique

Jeudi 6 mai 2010, le Grand Public découvre le HFT. Cette journée aurait pu être une séance de cotation comme les autres mais les circonstances en ont décidé autrement. Et bien que les marchés européens aient ouvert en léger recul en raison d’inquiétudes en provenance de la péninsule Hellénique, rien ne laisser présager d’une telle volatilité à la Bourse de New York.

Les chiffres qui vont suivre permettent d’imaginer l’effroi des investisseurs alors en position sur le marché… En l’espace de quelques minutes, ce sont près de 800 milliards d’euros (soit près de 50% de la dette française ! ) qui se sont envolés. Sans signe précurseur ni raison apparente, l’indice américain Dow Jones venait de perdre près de 10%…

Après enquête les autorités de régulation américaines (SEC et CFTC) ont mis en cause une technique d’achat et de vente d’actifs reposant sur des algorithmes capables d’exécuter des ordres à très haute fréquence sur une échelle de temps de quelques nanosecondes. Le Trading Haute Fréquence sortait de l’ombre pour occuper la scène médiatique financière…

L’erreur n’était pas qu’humaine.

Un modeste courtier du fin fond du Kansas venait de faire trembler la planète finance. Tout content de leur nouvel algorithme, capable d’exécuter une vente d’ordres de 5h en moins de 20 minutes, les financiers américains ont alors décidé de le mettre l’épreuve en vendant 75 000 contrats à terme (4 milliards de dollars) sur le marché action américain.

L’algorithme, programmé pour vendre 9% de la totalité des titres échangés sur le marché lors de la minute précédente, a cependant connu un dysfonctionnement (cela arrive…), et 75 000 contrats ont été lancés sur le marché sans prix de vente minimal. Le contexte général d’inquiétude associé à cette vente « un peu forte », il n’en fallait pas plus pour entrainer un déclenchement d’ordres en cascade, causant le plus violent décrochage qu’ait connu le marché action. En 14 secondes, les titres ont changé près de 27 000 fois de main…

Les transactions effectuées entre 14h40 et 15h00 furent finalement annulées et la baisse des cours limitée à -3,20%, mais le mal était fait et l’image du Trading Haute Fréquence fortement compromise.

II – Les arguments en faveur du HFT

Les marchés financiers permettent de remplir deux fonctions dans la valorisation des actifs : faciliter les échanges entre acteurs (liquidité) et permettre une bonne allocation des capitaux disponibles (découverte du prix de marché). Or, d’après l’étude menée par la Banque Centrale Européenne sur le HFT, les acteurs du HFT tendant à se positionner dans le sens du mouvement de fond des prix alors que les autres traders tendent à se positionner en sens inverse, suivant ainsi une stratégie de momentum. Dans leur fonctionnement « normal » d’assistant de trading, les algorithmes hautes fréquences ne jouent donc pas un rôle si négatif sur les marchés. Au contraire, ils améliorent le processus de découverte des prix !

Les adeptes du HFT n’en finissent plus de louer les vertus de cette pratique et mettent en avant les économies d’échelle réalisées par les plateformes de cotation, la meilleure liquidité des marchés et la réduction des spreads liées à l’augmentation des volumes (conséquence direct de la mise en place du HFT).

Plus de 75% des institutions financières américaines ont aujourd’hui recours à ce genre de pratiques contre un peu moins de 45% sur le Vieux Continent. Mais comme à chaque fois, lorsque les enjeux financiers sont considérables, de nombreuses dérives font leur apparition…

III – Les critiques du HFT

Les Autorités Economiques mettent en garde le monde de la finance sur le caractère parfois contre-productif de cette méthode. L’exemple du Quote Stuffing démontre à lui seul le non-sens économique de ces pratiques puisqu’il s’agit dans ce cas précis, de saturer et ralentir les services informatiques en envoyant plusieurs milliers d’ordres aussitôt annulés, afin d’empêcher un concurrent de passer ses ordres. Cette technique permet notamment de dissimuler certaines stratégies et peuvent être considérées comme des stratégies de manipulation par les autorités (certaines opérations atteignent les 98% de taux d’annulation !).

Dans cette course à la vitesse, la bande passante devient une ressource rare. Si le HFT est une technique de pointe et nécessite des moyens très sophistiqués afin d’ajuster ses algorithmes en permanence aux paramètres de marché, l’équipement réseau ultra-rapide nécessaire à la mise en place de ces stratégies a lui aussi un coût. Si bien qu’aujourd’hui, les établissements financiers se livrent à un drôle de « jeu » : être le plus proche possible du server ! Quelques dizaines de mètres de gagner suffisent à faire la différence entre une opération haute fréquence réussie et un échec. Le sens d’une transaction financière se réduit-il désormais à l’emplacement du server ?

Le manque de tracabilité des opérations de HFT est également très critiqué. Les Dark Pools, ces plateformes électroniques privées permettant d’échanger un actif de façon anonyme et d’échapper ainsi au contrôle des autorités, représentaient près de 7% du total des échanges en 2012 et bénéficient pleinement de l’essor du trading algorithmique. Les régulateurs connaissent bien évidemment ces pratiques mais se trouvent dans l’impossibilité de légiférer au vu de la complexité des systèmes en place. Cela couterait cher pour un effet très certainement limité…

Si le Trading Haute Fréquence divise aujourd’hui fortement la communauté financière, cette technique reste une innovation majeure. Et comme lors de chaque changement, les acteurs n’auront d’autres choix que celui de s’adapter pour survivre. Les algorithmes de trading existent, et permettent aux marchés de réagir plus rapidement à l’information afin de corriger les « anomalies » de marché. Mais ces algorithmes sont programmés par la main de l’homme et ne sont donc pas infaillibles…

Le marché est devenu plus technique, l’analyse fondamentale doit désormais être complétée par d’autres méthodes d’analyses (chartiste, technique…). Et si de nombreux particuliers se trouvent parfois désemparés face à la volatilité des marchés, certains, initiés à ces méthodes d’analyse, en font un atout…