Vente à Découvert : définition et fonctionnement

Vente à Découvert : Définition et Fonctionnement

Vendre ce que vous ne possédez pas, c’est possible ! Grâce à la vente à découvert, le trader peut vendre avant d’acheter dans le but de gagner de l’argent en cas de baisse des prix.

Qu’il s’agisse de miser sur un léger recul des cours de bourse ou de parier sur le prochain krach boursier, la vente à découvert permet au trader d’ajouter une corde à son arc afin d’être en mesure de tirer profit de toutes les phases du marché (haussières comme baissières).

Mais si la vente à découvert offre de nouvelles opportunités au trader, elle comporte également ses propres risques. Avant de spéculer sur la baisse des prix, mieux vaut donc comprendre toutes les subtilités de ce mécanisme relativement complexe.

L’essentiel

La vente à découvert permet de gagner de l’argent lorsque les prix baissent. Le trader commence par vendre en espérant pouvoir racheter moins cher plus tard.

Si les prix montent, le vendeur à découvert perd de l’argent. Parce que la hausse n’a pas de limite théorique, le risque théorique d’une vente à découvert est lui aussi illimité. De strictes règles de gestion du risque doivent donc être appliquées.

Des indicateurs tels que le Short Interest, le Days to Cover Ratio et Put/Call ratio permettent d’évaluer la pression de la vente à découvert sur un actif donné.

Avertissement

Le Trading ne convient qu’à une clientèle avisée capable de comprendre le fonctionnement de produits financiers complexes (CFD, Futures, Options,…) et de supporter des risques élevés, dont des pertes rapides supérieures aux dépôts, notamment en raison de l’effet de levier. D’après l’AMF, près de 90% des comptes d’investisseurs particuliers perdent de l’argent.

Qu’est-ce que la vente à découvert ?

La vente à découvert (VAD), également qualifiée de short selling en anglais, consiste à miser sur la baisse d’un produit financier dans le but de gagner de l’argent.

Contrairement aux opérations d’achat-revente, les opérations de vente à découvert consistent à vendre avant d’acheter. Pour ce faire, le mécanisme se déroule en quatre étapes : emprunter le produit financier, le vendre, le racheter, puis le rembourser.

Si le prix baisse entre la vente et le rachat, le trader gagne de l’argent. Mais si le prix monte, il en perd. La performance de trading est donc inversement proportionnelle à la performance du produit financier vendu à découvert.

Attention, la vente à découvert classique ne doit pas être confondue avec la vente à découvert nue (ou naked short selling en anglais). Pratique de trading controversée et illégale dans de nombreux pays, la vente à découvert nue implique de vendre des actions à découvert sans emprunter ni même posséder les actions nécessaires à la vente au moment de la transaction.

Bon à savoir

Les verbes « shorter » et « vader » sont parfois utilisés par les traders pour désigner l’action de vendre à découvert. Une position « short » ou « courte » mise sur la baisse, tandis qu’une position « long » ou « longue » mise sur la hausse.

Exemple de vente à découvert

Graphique ProRealTime Web

Dans cet exemple, un investisseur anticipe une baisse d’une action et décide donc de vendre à découvert 100 actions au prix de 59,24€.

Si le prix de l’action BNP Paribas baisse, l’investisseur gagne de l’argent. Mais si le prix de l’action progresse, il perd de l’argent. 

Parce que l’investisseur a vendu à découvert 100 actions, chaque fois que l’action baisse de 1€, il gagne 100€. À l’inverse, chaque fois que l’action monte de 1€, il perd 100€.

Dans cet exemple, l’investisseur a placé son ordre stop loss à 60€ afin de couper automatiquement ses pertes si son scénario baissier est invalidé. 

Ainsi, si les prix montent jusqu’à ce niveau de prix, ses 100 actions seront automatiquement rachetées et l’investisseur aura perdu 100 x (59,24€ – 60€), soit -76€.

Mais l’investisseur a également placé un ordre take profit à 58€ afin d’encaisser automatiquement ses bénéfices si son scénario baissier est validé.

Ainsi, si les prix baissent jusqu’à ce niveau de prix, ses 100 actions seront automatiquement rachetées et l’investisseur aura gagné 100 x (59,24€ – 58€), soit +124€.

ScénarioPrix de rachatGain ou perte
Stop loss déclenché60,00€-76,00€
Take profit déclenché58,00€124,00€

Comment vendre à découvert un actif financier

Pour vendre à découvert un actif financier, il est nécessaire de détenir un compte-titres ou un compte de trading sur produits dérivés et de vérifier la liste des actifs proposés à la vente à découvert par votre intermédiaire financier.

Les meilleures plateformes de trading permettent ensuite de vendre à découvert un produit financier en quelques clics puisqu’il suffit au trader de cliquer sur Vendre avant de cliquer sur Acheter. Pour davantage de simplicité dans l’expérience de trading, tout le mécanisme sous-jacent d’emprunt et de remboursement reste donc « caché ».

Bon à savoir

La vente à découvert est autorisée sur le compte-titres ordinaire et le compte de trading sur produits dérivés, mais elle est en revanche interdite dans le cadre d’un Plan d’Épargne en actions (PEA).

Les différents mécanismes de vente à découvert

Plusieurs mécanismes et produits financiers permettent au trader de vendre à découvert un actif financier, qu’il s’agisse d’une action, d’un indice boursier, ou encore, d’une matière première.

Le Système de Règlement Différé (SRD)

Le Service de Règlement Différé est un mécanisme de la bourse française qui permet aux investisseurs de vendre des actions sans avoir à livrer immédiatement les actions, mais uniquement en déposant un montant de garantie.

À la fin du mois boursier, l’investisseur peut alors racheter les actions vendues et procéder au remboursement, ou bien, conserver sa position vendeuse et reporter le remboursement au mois suivant.

Bon à savoir

Toutes les actions ne sont pas éligibles au SRD. Seules certaines actions sont disponibles pour ce service (généralement les plus liquides et les plus importantes).

Les produits financiers dérivés

D’un fonctionnement plus ou moins complexe, les produits dérivés permettent de miser sur la baisse d’un actif financier avec effet de levier ou au comptant

Parmi les produits dérivés les plus utilisés pour miser sur la baisse des prix, il est possible de citer les Futures, les CFD et les options.

Bon à savoir

Chaque pays dispose de sa propre règlementation en matières de vente à découvert et de produits dérivés. Les CFD sont par exemple interdits aux États-Unis.

Quand vendre à découvert ?

La vente à découvert permet d’exploiter plusieurs types de baisses plus ou moins fortes.

Phase de marchéTendance de fondAmpleur
Pull backHaussière0 à 10%
CorrectionHaussière10 à 20%
Bear MarketBaissière20 à 50%
Krach boursierBaissièrePlus de 50%

Certaines phases de marché baissières comme le pull back et la correction sont de simples respirations du marché au sein d’une tendance haussière, tandis que d’autres comme le bear market et le krach boursier sont caractéristiques d’une tendance de fond baissière.

Pour savoir quels actifs financiers vendre à découvert et à quel moment, les investisseurs font souvent appel à trois grandes méthodes d’analyse :

  • L’analyse fondamentale ; pour détecter les actifs sur-valorisés dont la valeur de marché est significativement supérieure à leur valeur économique réelle.
  • L’analyse technique ; pour identifier les meilleurs points de vente et les signaux de trading baissiers émis par les indicateurs techniques de tendance et les oscillateurs techniques capables de détecter les excès haussiers.
  • L’analyse comportementale ; pour étudier le comportement des investisseurs et repérer notamment les excès d’optimisme et la formation de bulles spéculatives susceptibles d’éclater tôt ou tard.

Au-delà des méthodes d’analyses conventionnelles pour savoir quand acheter ou vendre une action, les investisseurs aiment suivre certains indicateurs spécifiques pour mesurer la pression vendeuse sur un actif.


Les indicateurs de vente à découvert les plus populaires :

  • Le Short Interest représente le nombre total d’actions d’une société vendues à découvert mais qui n’ont pas encore été rachetées ou couvertes.

    Un short interest élevé peut indiquer que de nombreux investisseurs pensent que le prix de l’action va baisser. Cependant, il peut également signaler un risque de short squeeze si le prix de l’action commence à augmenter et que les vendeurs à découvert sont forcés de racheter leurs actions pour limiter leurs pertes.
  • Le Short Ratio (ou Days to Cover) correspond au Short Interest divisé par le volume moyen quotidien de l’action.

  • Le Short Ratio donne une idée du nombre de jours qu’il faudrait aux vendeurs à découvert pour racheter toutes leurs positions vendeuses. Un nombre de jours élevé indique une pression à la vente significative et un potentiel de short squeeze.
  • Le Put/Call Ratio compare le volume des options de vente (puts) au volume des options d’achat (calls).

    Un ratio put/call élevé peut indiquer que les investisseurs sont plus pessimistes et se couvrent contre une baisse des prix. Cependant, des niveaux extrêmes peuvent également signaler un excès de pessimisme et un potentiel retournement haussier.

Ces informations sont disponibles sur des sites spécialisés tels que Fintel, MarketWatch ou Yahoo Finance. Par exemple, vous pouvez consulter les statistiques de vente à découvert pour GameStop (GME) sur Fintel.

Exemples célèbres de vente à découvert

L’éclatement de bulles spéculatives ou la révélation d’affaires judiciaires peuvent parfois occasionner de violentes baisses et permettre aux vendeurs à découvert de toucher le pactole.

George Soros et la Banque d’Angleterre

En 1992, George Soros réalise une vente à découvert massive contre la livre sterling.

Lorsque la Banque d’Angleterre est forcée de sortir la livre du mécanisme de taux de change européen, la valeur de la livre chute violemment.
Georges Soros rachète les livres sterlings vendues à un prix beaucoup plus bas et réalise un profit d’environ 1 milliard de dollars.

Connu sous le nom de « Mercredi Noir », ce krach de la livre sterling vaut à Georges Soros le surnom de « l’homme qui a fait sauter la Banque d’Angleterre ».

Michael Burry et la crise des subprimes

Fondateur de Scion Capital, Michael Burry est devenu célèbre pour avoir anticipé l’effondrement du marché immobilier américain.

En 2005, il commence à vendre à découvert des titres adossés à des créances hypothécaires à risque (les subprimes).

Lorsque la bulle du marché immobilier éclate en 2007-2008, Michaël Burry réalise l’un des plus beaux coups de l’histoire des marchés financiers.

Cette histoire hors du commun est racontée dans le livre et le film « The Big Short ».

David Einhorn et Lehman Brothers

Président de Greenlight Capital, David Einhorn vend à découvert les actions de Lehman Brothers avant la crise financière de 2008.

Il exprime alors publiquement ses inquiétudes concernant la solvabilité de Lehman Brothers.

Peu de temps après, Lehman Brothers fait faillite et donne raison à la stratégie de vente à découvert d’Einhorn.

Jim Chanos et Enron

Fondateur de Kynikos Associates, Jim Chanos est connu pour avoir vendu à découvert les actions d’Enron avant que la société ne fasse faillite en 2001.

Chanos avait identifié des problèmes de comptabilité et des pratiques commerciales douteuses chez Enron.

Lorsque ces irrégularités ont été révélées, la valeur des actions d’Enron a chuté de manière spectaculaire, et Chanos a réalisé d’importants profits.

Andrew Left et Valeant Pharmaceuticals

En 2015, Andrew Left accuse Valeant Pharmaceuticals de fraude comptable et de mauvaises pratiques commerciales.

Après la publication de son rapport, les actions de Valeant chutent de manière significative.

Les vendeurs à découvert ayant suivi la recommandation de l’analyse de Lemon Research réalisent des gains importants.

Combien coûte la vente à découvert ?

La vente à découvert n’est pas gratuite. Pour vendre à découvert un produit financier, un trader doit s’acquitter des frais de trading habituels, mais également d’intérêt à payer pour la durée au cours de laquelle le produit financier est emprunté.

Bon à savoir

Le courtier Interactive Broker vous donne accès gratuitement pour chaque action à un simulateur de coûts d’une vente à découvert.

Les avantages de la vente à découvert

Grâce à la vente à découvert, le trader est en mesure d’élargir son champ d’action. Plutôt que de se contenter de miser sur la hausse du marché grâce à des opérations d’achat-revente, le trader peut désormais également miser sur la baisse des prix.

Outre le fait de pouvoir faire du trading dans les marchés en tendance baissière, la vente à découvert permet également d’exploiter certaines situations de marché spécifiques telles que les corrections et les krachs boursiers.

D’autant plus que les mouvements baissiers peuvent être plus intéressants à jouer car plus rapides. Comme le dit l’adage : les marchés financiers prennent l’escalier pour monter, mais ils prennent l’ascenseur pour descendre !

Qui plus est, la vente à découvert permet également de mettre en place des stratégies d’investissement plus complexes telles que les stratégies d’arbitrage et les stratégies de couverture.

Les inconvénients de la vente à découvert

Contrairement aux opérations d’achat-vente où le risque de perte en capital est limité (puisque le prix d’un actif financier ne peut pas tomber en dessous de zéro), le risque de perte théorique d’une vente à découvert est illimité (puisque les prix peuvent théoriquement s’envoler vers l’infini et au-delà).

En cas d’envolée des prix, un vendeur à découvert peut donc subir des appels de marge et de lourdes pertes financières. Dans les pires situations, notamment en cas de gap de cotation le vendeur à découvert peut se retrouver dans une situation d’endettement

Enfin, les vendeurs à découvert peuvent également être victime d’un short squeeze, c’est-à-dire d’un phénomène de panique haussière au cours duquel la hausse prendre les vendeurs à contre-pied et les contraint à racheter leurs positions, ce qui crée une boucle de renforcement et alimente encore davantage la flambée des cours.

La vente à découvert est-elle légale ?

Oui, la vente à découvert est parfaitement légale. 

La vente à découvert nue (ou naked short selling) consistant à vendre un article sans le posséder ni l’avoir emprunté au préalable est en revanche illégale dans la plupart des pays.

Mais attention, dans certaines circonstances de marché l’autorisation de vendre à découvert peut elle aussi être suspendue, notamment en cas de crise financière systémique ou pour protéger une entreprise vulnérable.

Voici quelques exemples historiques d’interdiction temporaire de la vente à découvert :

  • La crise financière de 2008 ; aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) a temporairement interdit la vente à découvert de certaines actions financières pour prévenir une panique généralisée.
  • La pandémie de COVID-19 ; en 2020, des pays comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie ont mis en place des interdictions temporaires de la vente à découvert sur certaines actions.

En inversant l’ordre chronologique de l’achat et de la vente, la vente à découvert permet au trader d’exploiter les mouvements baissiers du marché. Néanmoins, parce que ce mécanisme n’est pas des plus intuitifs, mieux vaut commencer par s’entraîner à shorter le marché sur un des meilleurs simulateurs de trading.

FAQ

La vente à découvert est-elle bonne pour l’économie ?

Selon leurs détracteurs, les vendeurs à découvert seraient à l’origine des krachs boursiers et des faillites d’entreprises. En pratique, bien qu’il puisse exister quelques dérives et manipulations de marché fortement sanctionnées par les autorités de marché, la vente à découvert agit davantage comme un révélateur que comme un élément déclencheur.

Quelles actions est-il possible de vendre à découvert ?

La liste des actions susceptibles d’être vendues à découvert ainsi que les coûts d’emprunt associés sont généralement communiqués par les courtiers. Voici la liste complète des actions disponibles à la vente à découvert proposées par Interactive Brokers.

author
Maxime Parra

Maxime est titulaire d'un double diplôme de la SKEMA Business School et de la FFBC : un master en management et en analyse financière internationale. Fondateur et rédacteur en chef de NewTrading.fr, il écrit quotidiennement sur le Trading.