Trading : Qu’est-ce que le Spoofing ? (Définition et explications)

Le spoofing : une pratique illégale pour influencer le marché

Comprendre le spoofing en Trading

Appât du gain, impunité et simplicité de la méthode : le spoofing est une pratique offrant de réelles opportunités de bénéfices, notamment pour les grands investisseurs. Seule ombre au tableau : une telle pratique porte atteinte aux lois du marché ; elle est donc sévèrement condamnable. Voici pourquoi. 

Qu’est-ce que le spoofing ?

Par définition, le spoofing est une pratique illégale de Trading haute fréquence (HFT) qui consiste à émettre une grande quantité d’ordres puis à les retirer avant exécution, afin de manipuler le marché à son avantage.

Le terme de spoofing (traduit de l’anglais par « faire marcher » ou « parodier ») implique, de façon plus large, d’usurper une fausse identité électronique afin de commettre divers délits en ligne tout en restant parfaitement anonyme.

On retrouve généralement cette pratique sous des formes telles que :

  • l’email spoofing ;
  • l’Internet protocol (IP) spoofing ;
  • le smart-spoofing IP.

Dans l’univers du Trading, bien que l’identité de l’acteur (ainsi que toutes ses traces) soit protégée, le spoofing est toutefois une pratique bien spécifique qui vise à tromper le marché sur des volumes colossaux, et ce, sur un laps de temps très court (de l’ordre de la seconde).

Si l’émergence du Trading à haute fréquence a permis aux investisseurs institutionnels d’automatiser leurs stratégies avec une fréquence, une réactivité et des volumes de produits financiers bien plus élevés, l’automatisation de l’investissement a également laissé la porte ouverte à toutes sortes de pratiques illégales.

Dans un contexte où la concurrence se fait de plus en plus rude sur les marchés financiers, certains opérateurs de marché anonymes mettent à profit le spoofing afin d’induire leurs adversaires en erreur via l’émission de faux ordres sur le carnet d’ordre

Cette technique répréhensible de Trading algorithmique, que l’on retrouve notamment sur les contrats à terme (futures), est théoriquement sanctionnée par une peine pouvant aller jusqu’à 10 années d’emprisonnement et un million de dollars d’amende.


Les étapes du spoofing

L’acte de spoofing se décompose en cinq étapes dont l’exécution se fait de façon extrêmement rapide, à savoir :

  • le spoofer place une large quantité d’ordres à l’achat ou à la vente qui sont aussitôt transmis sur le carnet d’ordres ;
  • les robots de Trading mis en place par la concurrence repèrent directement ces ordres et y réagissent automatiquement en suivant la tendance faussement annoncée par le spoofer ;
  • le spoofer retire alors l’intégralité de ses ordres avant que ces derniers ne puissent être exécutés sur le marché concerné ;
  • les ordres émis par l’ensemble des robots de Trading de la concurrence sont, quant à eux, bien exécutés et influencent lourdement la tendance dans le sens initialement prévu par le spoofer ;
  • le spoofer profite de ce puissant mouvement de tendance qu’il a lui-même engendré pour finalement se positionner à contre tendance (à l’achat si l’ordre initial était à la vente, et inversement) et générer un large profit au détriment de la concurrence.

Le spoofing aujourd’hui


Contexte sur les marchés financiers

L’électronisation récente du Trading, bien qu’elle décuple les opportunités d’investissement, apporte avec elle de nombreuses problématiques comme le manque de contrôle humain, le danger de panne informatique ou électrique, ou encore le phénomène de flashcrash déjà constaté à plusieurs reprises au cours de la décennie passée.

En parallèle de ces points sensibles, l‘European securities and markets authority (ESMA) souligne qu’entre 50 et 70% du volume d’ordres passés à la bourse de Paris l’est de façon automatique ; ces chiffres vont d’ailleurs de paire avec une augmentation constante du nombre de Traders haute fréquence.


Initiatives contre le spoofing

C’est en date du 12 juillet 2010 que le Dodd-Franck Act, projet de loi de 2 300 pages rédigé par le sénateur Chris Dodd ainsi que le représentant Barney Franck, est voté et adopté par le Congrès américain. 

Celui-ci a pour objectif affiché de renforcer la régulation des marchés financiers face à l’hypothèse d’une nouvelle crise financière. Sa cible principale : les Hedge funds (fonds spéculatifs) ainsi que leur pratique du Trading haute fréquence.

Malgré cela, les dispositions de surveillance prises par le Dodd-Franck Act demeurent globalement inefficaces étant donné qu’il reste extrêmement difficile d’identifier le responsable d’un acte de spoofing, puisque quelques dixièmes de seconde suffisent à celui-ci pour agir et effacer toute trace de ses actes. Ainsi, les preuves restent généralement trop minces.


Procès pour spoofing

Même si les procès et sanctions sont encore trop rares pour dissuader les contrevenants, certaines condamnations furent hautement médiatisées, à l’image de la condamnation de Michael Coscia.

Premier Trader algorithmique condamné en 2011 par la Commodity futures Trading commission (CFTC), le gérant de Panther Energy Trading LLC s’était alors vu condamner à une amende de 2,8 millions de dollars (soit le double des profits qu’il avait su générer grâce au spoofing à 18 reprises entre les mois d’août et d’octobre 2011) ainsi qu’une année d’interdiction d’accès aux marchés financiers.

Le 21 avril 2015, le principal responsable identifié du fameux flashcrash du Dow Jones, Navinder Singh Sarao, est condamné par le Département de la justice des États-Unis. Pour rappel, ledit flashcrash avait représenté une perte fulgurante de 862 milliards de dollars, heureusement récupérés en grande partie 20 minutes plus tard.

Dans un contexte d’automatisation croissante du Trading, les pratiques répréhensibles comme le spoofing se multiplient et donnent du fil à retordre aux autorités de régulation financière. Plus que jamais, la responsabilité de tout un chacun est donc de mise afin de conserver l’équilibre de l’économie et une juste concurrence sur les marchés.

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